Avec un peu de retard mais toujours avec autant d'émotions, voiçi le compte rendu de mon Embrunman 2006 :

LE CONTEXTE :

- C'est ma 6eme participation à cette épreuve mythique avec des résultats très disparates comme le prouve les chiffres suivants :

1) : 1991 : je m'inscris sur un coup de tête un mois avant la course. Une préparation négligeable, une diététique inexistante, une méconnaissance totale du circuit....je cumule toutes les erreurs possibles ce qui ne pardonne pas sur un IM. Le résultat : abandon au 32eme kilomètre du marathon ( grave hypogycémie) après un calvaire de plus de 13 heures.

La souffrance existe : je l'ai rencontré ce jour la.

2) : 1992 : je reviens bien décidé a venger l'affront de l'année préçédente. Je suis davantage préparé, j'ai rencontré la diététique, je dose mieux mes efforts. Je termine en 13 h 59 après une dure mais belle journée. Je dors avec le t-shirt de finisher pendant 15 jours.

3) : 2000 : ça devait être la dernière édition. Je reviens avec plein de copains du club. Plus que la course et mon résultat ( 14 h 17), il me reste en souvenirs quelques anectodes sympas.

- Les superbes sorties vélos dans la région les 15 jours précédants la course.

- La bière échangée avec Philippe pendant le marathon.

- La ferveur de nos supporters.

4) : 2003 : des conditions climatiques exceptionnelles ( pas de chaleur, absence totale de vent thermique) font que je pulvérise mon modeste record en 13 h 08. Un excellent souvenir !!!

5) : 2005 : avec le recul, jamais je n'aurai du prendre le départ :

- J'ai participé a L'IM d'Autriche 6 semaines avant. Même si la course s'est bien passé ( 10 h 55), on ne sort jamais indemne d'une épreuve comme celle la.

- J'ai géré le déplacement et la course des 2 équipes "elite" du SAS lors du GP d'Embrun 2 jours avant l'Embrunman. Sans m'en rendre compte, j'ai accumulé du stress et de la fatigue.

Résultat : abandon au 10eme km de la course à pied. Plus que les jambes, c'est la tête qui ne voulait plus.



L'EDITION 2006 :

Le jour j : après un reveil a 3 h 30 et un petit déjeuner classique, je quitte l'UCPA des Orres accompagné de tout mon staff technique ( les filles du SAS : merci Nathalie, Karine, Isabelle et sans oublier Régis, Sebastien et Nicolas).

4 h 30 : je suis un des premiers a rentrer dans le parc à vélos car j'aime l'ambiance qui y règne au petit matin. Je me fais marquer par ma copine Estelle ( la compagne de Thierry Philippe, un des pionners du triathlon en région centre et un des organisateurs de l'Embrunman) et je prépare tranquillement mes petites affaires.

5 h 30 : je me dirige vers la plage de départ pour être un des premiers sur la ligne de départ. Je laisse les gros bras en première ligne et me cale juste derrière.

5 h 55 : après le départ des féminines et les applaudissements faits pour nous encourager mutuellement, la tension monte car le coup de feu va retentir :



LA NATATION :

6 h 00 : le grand moment est arrivé : comme tout le monde, je cours pour ne pas me laisser enfermer par la meute. Il fait nuit, les trajectoires sont difficiles, les coups invonlontaires mais bien présents.

Après la première bouée, le peloton s'étire, chacun se calme et trouve sa place. Mes sensations sont bonnes, je profite de ce moment car je sais que la course n'est pas réellement commençée. A la fin du premier tour, le jour se lève et je profite de ce superbe spectacle dont je ne me lasse pas. Je fais une petite pause pour saluer mes supporters sur le ponton et termine tranquillement mon parcours natatoire.

Lorsque je me lève pour sortir de l'eau, le chrono affiche 1 h 03 ce qui est un temps "normal" pour moi.

Je cours pour me diriger a mon emplacement, davantage pour me réchauffer ( il fait froid) que pour gagner quelques secondes. Je me change rapidement et enfourche mon Cannondale pour affronter le plat de résistance de cet Embrunman 2006 : le parcours vélo.





LE VELO :

- quelqu'un a dit : "s'engager sur l'Embrunman sans connaitre les difficultés du parcours vélo est un acte de pure folie". Je suis bien d'accord avec ça, le parcours est monstrueux, à la limite du raisonnable !!

Dès le départ la pente s'élève mais le public est déja bien présent et nous encourage très fort. Je reconnais plein de monde ( les filles de l'équipe, des jocondiens, des potes dont Frank Bignet himself venu encourager un ami...). Tout va bien pour moi malgré les nombreux triathlètes qui me dépassent lors de cette première ascension.

La première boucle est superbe et permet de réchauffer les jambes avant l'Izoard que je redoute plus que tout. Après Savines et le superbe pont surplombant le lac, il est temps de revenir sur Embrun après 40 km d'échauffement. Au rond point des Orres, c'est de la folie furieuse, le public est présent et encourage tous les triathlètes.

Viens une succession de petites cotes, de petites descentes et de secteurs plats pour se diriger vers les georges du guil et les premières pentes de l'Izoard. C'est un secteur piégeux ou il ne faut pas faire d'erreurs de braquet et privilégier l'alimentation et l'hydratation avant les choses sérieuses.

Je vais toujours bien, je stabilise mon classement aux alentours de la 150eme place et prend le temps de dire bonjour a Didier Dumoulin ( coach des filles de l'ACBB et multiple IM Finisher) vers Guillestre.

j'ai coutume de dire que la course commençe lorsque l'on tourne à gauche direction l'Izoard à la fin des georges du guil. Et la, énorme deception, dès ce passage, j'ai mon premier "coup de moins bien" de la journée. Pas mal de triathlètes me doublent et le passage Arvieux-Brunnisard est très difficile malgré mon pédalier compact et mon braquet d'asthmatique ( 34-28). Je me "refais la cerise" lorsque l'on pénètre dans la foret mais j'attend des jours meilleurs sachant bien que cette journée est faite de hauts et de bas. Même dans l'Izoard les spectateurs sont la, notamment tout un groupe du club de Parthenay.





Juste après la célèbre Case Deserte et la stèle Coppi-Bobet, mon pote Keke du TC Joué me double et je suis bien incapable de le suivre. j'arrive en haut du col, je récupère mon sac perso ( aidé par des bénévoles formidables) et je ne traine pas puisqu'il fait un froid de canard au sommet ( à 2361 mètres d'altitude). Malgré mes manchettes, je grelotte dans les premiers lacets et je ne prend aucun risque dans les premiers virages. Ma descente du col est bonne car je reprend quelques triathlètes qui avaient eus l'audace de me doubler dans la montée. Je profite également de la descente pour dévorer un merveilleux petit sandwitch au jambon que je m'étais concocté la veille.

Arrivé à Briançon, le parcours est plutot en faux plat descendant mais le vent est de façe et la fatigue commence a s'installer. Je garde cependant des forçes pour ma bête noire le mur de Pallon ( le malnommé) qui se profile au km 130.

Un petit mot sur cette rampe : 1, 8 km mais à 15 % de moyenne....un chemin de croix, d'ailleurs les spectateurs ne si sont pas trompés ; ils sont la, présents, bien décidés a profiter du spectacle des triathlètes zigzaguants sur la chaussée...

Dès les premiers mètres, Keke me redouble ( il s'était attardé au sommet du col) ainsi que Jeff la Plaque du club de l'ASFAS. Cette montée est un calvaire, je perds 20 places, mes jambes, mon moral...c'est mon deuxième "coup de moins bien" de la journée. J'arrive péniblement en haut, j'ai les pulsations a fond et je met 10 bornes a "récuperer". Le retour vers Embrun se fait péniblement, je gère les dernières forçes qui me restent et je me rassure comme je peux en constatant que de nombreux triathlètes sont dans le même cas que moi.

Passé le pont sur la Durance, je croise des triathlètes en train de courir ( les veinards) alors qu'il me reste le Chalvet a monter. A froid, cette ascension n'est pas bien difficile ( 5 bornes à 6 % de moyenne, mais après 170 bornes c'est une autre histoire. Dès le départ, les choses se compliquent ( 3eme "coup de moins bien") mais je trouve le courage de faire le zouave quand Severine ( une des filles du club) immotalise l'instant. J'arrive au sommet après avoir perdu de nombreuses places et je prend le temps de me mettre la tronche dans l'abreuvoir au passage de la ferme.

Après une descente sans histoire, je file vers le parc à vélo après 7 h 52 passés sur ma selle.





LA COURSE A PIED :

- Je rentre dans le parc a vélos sous les encouragements de Speaker Olive ( lui meme Embrunman finisher en 2000) et marche jusqu'à mon enplacement. Bonne surprise, mes supporters sont la et donnent de la voix. Je me change relativement rapidement non pas que je souhaite gagner quelques secondes mais j'ai besoin de satisfaire un besoin naturel. Ca tombe bien, les toilettes sont juste à coté de mon emplacement. Malgré une odeur nauséabonde, je me m'y précipite et profite de ce moment de récupération.



Et c'est parti pour le marathon. A première vue, les sensations ne sont pas mauvaises, j'effectue le tour du lac, remonte la bosse vers Embrun ( en marchand, faut quand même pas exagérer) et redescend vers l'aller retour sur la Durance ( endroit que j'appelle le cimetière des éléphants vu le nombre de cadavres qu'on y trouve). La fin du premier tour se passe bien malgré la pluie qui commence a tomber.

Je stabilise mon classement jusqu'au début du second tour ou je commet une erreur de débutant : j'arrete les gels ressentant un ras le bol du sucré et poursuit ma route en ne buvant que du coca. Le second tour devient rapidement un calvaire ( c'est mon dernier coup de moins bien) : j'en ai marre, les gars me passent, j'ai froid et je n'avançe plus. La pluie redouble, les bénévoles nous donnent des sacs poubelles pour nous abriter et les km sont de plus en plus longs....Viens le dernier tour du lac ou je sais que c'est gagné, je tiens mon 4eme t-shirt d'Embrunman finisher. Il ne me reste plus que le tour de la piscine que j'effectue accompagné de mon fidèle staff ( toujours fidèle malgré la météo). Je termine en 13 h 53 sous la nuit qui commence a tomber.



Sitot passé la ligne, ce gredin de Speaker Olive me tend le micro et me demande mes impressions. Usé par les 14 heures d'efforts, j'arrive a m'en extirper ce qui n'est pas une mince affaire lorsque l'on connait le lascar. Je me dirige vers le ravitaillement ( inexistant) puis vers le massage.

Encore lucide, je choisis une belle blonde plutot qu'un gros moustachu. Et la, c'est le drame, je m'écroule de froid et de fatigue pour me réveiller sous la tente médicale avec une perfusion dans le bras. Après une heure passé a reprendre des forçes, je retrouve une bonne pizza acheté par Régis et m'écroule dans les bras de Morphée tout habillé.



Mais comme dit le proverbe : plus dure est la montée, plus grande est la joie au sommet.



Mes chronos : au final, je termine 304eme en 13 h 53.

Natation 1 h 03 ( 191eme)

velo 7 h 52 ( 220eme) : - 29 places.

course à pied 4 h 49 ( 304eme) : - 71 places.